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Médiologie : définition ?

Work in progress

mardi 27 avril 2010, par Paul Soriano

Les premières mentions de cette discipline apparaissent dans deux ouvrages successifs de Régis Debray, Le Pouvoir intellectuel en France, 1979 puis Le Scribe, 1980.

La médiologie est la discipline qui se propose d’étudier les conditions matérielles et institutionnelles de l’efficacité symbolique (ie : de la capacité à faire croire et agir les gens), moyennant une étude des faits de transmission.

L’objet de la médiologie n’est justement pas un « objet » : c’est la prothèse, quelque chose qui tient à la fois de l’objet et du sujet, une jambe de bois, une automobile, un ordinateur… Jean Baudrillard a fort bien décrit cette ambiguïté (dans Les Mots et les choses)

Je freine, je braque, je démarre…

« De l’automobile par exemple on peut dire : MES freins, MON aile, MON volant. On dit : JE freine, JE braque, JE démarre. Tous les organes, toutes les fonctions peuvent être isolément rapportées à la personne sur le mode possessif. Il ne s’agit pas ici d’une personnalisation au niveau social, mais d’un processus d’ordre projectif. Non de l’ordre de l’avoir, mais de l’ordre de l’être. » (p.122).

Tout objet a ainsi deux fonctions : l’une qui est d’être pratiqué, l’autre qui est d’être possédé. La première relève du champ de totalisation pratique du monde par le sujet, l’autre d’une entreprise de totalisation abstraite du sujet par lui-même en dehors du monde. (…) C est pourquoi la possession d’un objet quel qu’il soit est toujours si satisfaisante et si décevante à la fois. » (p.104)

A ma gauche, côté sujet, la psychologie ; à ma droite, côté objet (technique), la technologie ou l’anatomie qui étudie les corps ; entre les deux, la médiologie : in medio stat virtus.

Médiologie, science de la prothèse ? Le médiologue orthodoxe trouvant la définition un peu large la restreindra aux prothèses destinées à communiquer et transmettre. Le livre, l’ordinateur, oui ; la jambe de bois, non. Mais la voiture alors ? Indiscutablement, elle « communique », elle nous « parle » de son propriétaire et son propriétaire, fréquemment, lui parle. Équipée d’un dispositif de « reconnaissance vocale », la voiture répond ! Et de même, tous les moyens de transport susceptibles de transporter aussi du sens, des « messages », sont plus ou moins médiologiques.

Voir l’article « Prothèse »

Médiasphères

La logosphère ne connaît que l’échange oral, la graphosphère voit s’imposer l’écrit, par le livre et la presse et la vidéosphère naît du déploiement de la télévision. Une nouvelle sphère n’abolit pas la précédente, mais se la subordonne en quelque sorte. Dans l’hypersphère que dessine enfin l’Internet, le support numérique permet même de simuler et combiner tous les autres médias sur un même « site » [1].

L’avis des médiologues

François-Bernard Huyghe

La médiologie… traite des fonctions sociales supérieures (religions, art, politique, idéologie, mentalités) dans leurs rapports avec les organisations humaines et les structures de transmission. (François-Bernard Huyghe, « Bon sang, qu’est-ce que la médiologie ? », (http://www.huyghe.fr]

Daniel Bougnoux

Une pensée de l’efficacité des médias et des outils de relation… qui se rattache donc à une écologie : elle étudie ces milieux, à la fois sociaux et techniques, qui façonnent et recyclent nos représentations symboliques, et nous permettent de tenir ensemble.

Qu’il faille… des outils pour penser, que la moindre de nos informations suppose généralement pour son extraction, son acheminement ou son traitement une technologie, donc un coût (même si nous ne l’acquittons pas directement) - cette hypothèse répugne à notre narcissisme spontané de sujet pensant. Cette pensée jaillissante à l’intime de notre être ne peut que nous paraître innée, et libre. Rodin n’a-t-il pas sur ce thème sculpté son célèbre Penseur ? Ce monument d’idéalisme montre l’homme nu, concentré sur lui-même sans le secours d’aucun livre, cahier, stylo, clavier ni artefact quelconque. Nous n’aimons guère, et jusqu’à un certain point nous ne pouvons pas, penser clairement les prothèses techniques et les moyens (les médias) par lesquels nous pensons. Sapiens oublie et rejette faber, alors qu’ils se partagent le même corps. En articulant mieux le symbolique et le technique, le dire et le faire ou le sapiens au faber, la médiologie pourrait servir à remembrer une culture trop souvent schizophrène. (« Pourquoi des médiologues ? »)

Régis Debray

La théorie des 4M :
- le message : l’idée en tant qu’elle agit ou fait agir ;
- le médium : le moyen de transport du message ;
- le milieu : le milieu technique d’une époque, la « médiasphère » qu’il détermine (logo-, grapho-, vidéo-, hypersphère) ;
- la médiation : la façon dont un médium façonne un message dans un milieu technique donné - l’appel du 18 juin par exemple.

Voir le document joint.

Formules…

Les idées ne voyagent pas toutes seules.

Quand le sage montre la lune, le médiologue regarde le doigt.

L’homme, à la différence de l’animal, peut et, à la différence des dieux, doit utiliser des moyens pour atteindre ses fins. Ces moyens occupent de l’espace et prennent du temps. Et ils ont un coût.

Article en cours de publication.

Notes

[1] Le blog, entre autres, offre une assez bonne illustration de cette hybridation médiatique.

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