A la différence de la *science, la philosophie est un savoir accessible à tout un chacun, ne nécessitant aucune autre expertise que celle dévolue à tout être humain par le simple fait d’être un être humain. La philosophie a un rapport plus qu’étroit avec le *sens commun.
De nos jours, quand elle n’est pas purement et simplement réfutée au nom d’un monopole du savoir accordé à la science (au *scientisme), la philosophie est présentée tantôt comme une discipline que sa technicité réserve aux *philosophes professionnels tantôt comme une variante de talk-show qui ne saurait tarder à migrer des « cafés philosophiques » vers la plateaux de la télé-réalité.
Dans ces conditions, la philosophie serait un discipline fermée pour incompétence au commun des mortels au même titre que la biologie moléculaire ou l’informatique de pointe, à moins qu’elle ne se réduise à un bavardage, une *parlotte noyées dans toutes les parlottes qui polluent le monde et le cyberespace.
Or « ne pas s’intéresser à la biologie moléculaire » et « ne pas s’intéresser à la philosophie » sont deux propositions qui n’ont pas du tout le même statut. La première n’a rien de scientifique, la seconde est une prise de position philosophique, comme l’avait déjà observé Aristote qui ne connaissait pourtant pas grand-chose à la biologie moléculaire. On peut se désintéresser de la science on ne saurait échapper à la philosophie.
Non, la philosophie n’est en aucun cas une affaire d’experts. Non seulement elle est, par définition, accessible à tout le monde (on ne lui échappe pas), mais tout discours prétendument philosophique dont la compréhension requiert une expertise technique n’est pas (pas seulement) un discours philosophique. Le plus souvent, il s’agit d’un discours *métaphysique, contaminé par le discours scientifique. Cela à quelques exceptions près, comme dans le cas où la philosophie entreprend de s’interroger sur la validité de tel autre savoir, auquel cas il lui faut bien entrer peu ou prou dans la technicité du savoir en question.